Ironman Frankfurt 2017

Emotions. Images. Films.
Le déroulement d’un Ironman.
Avant. Pendant. Après.

28 mai 2016 – Ìles aux Enfants, Hourtin ; Enorme satisfaction. Deux semaines de repos suivi d’un mois sans courir après une déchirure aux ischios, et me voilà finisher du Frenchman à la quinzième place scratch. La satisfaction d’avoir sorti une grosse natation et un vélo costaud avant de trottiner sur le marathon alors que je ne pensais pas pouvoir courir me remplit d’une énergie positive. On est loin du « plus jamais un ironman » qui m’a parfois habité au crépuscule d’une course.

7 août 2016 – Centre Sportif de Colovray, Nyon ; Fendre l’air. Un Canyon Speedmax sur lequel Didier Duruz m’a positionné quelques jours auparavant. Aéro. Agressif. Changer de matériel est toujours un pari risqué, mais décrocher le meilleur chrono à vélo et remporter le triathlon sprint de Nyon me gonfle le moral à bloc en pensant au parcours roulant de l’Ironman de Frankfurt auquel le Rushteam s’est inscrit.

5 octobre 2016 – Ìle d’Örno, Suède ; Le genou gauche en vrac, je continue tant bien que mal de courir. Il nous reste plusieurs heures de course et ça ne va pas le faire. Et pourtant ! Le swimrun c’est un sport d’équipe et grâce à Gilbert je parviens à terminer Ötillö. Seul j’aurais bâché. Je prends là vraiment conscience de l’importance du mental sur longue distance et je sais que cela va me servir sur l’Ironman.

1er janvier 2017 – Wesola, Pologne ; Qu’est-ce que je fous là, un lendemain de réveillon à faire des séries de trois fois douze minutes au seuil, seul, avec un vent glacial qui souffle la neige autour de moi ? C’est dans la tête que ça se passe et je termine l’entraînement lessivé mais fier d’avoir réussi à tenir les allures. Progresser en course à pied est une nécessité pour ne pas flancher systématiquement sur le marathon final. Je récolte les fruits de ces efforts à Barcelone et à Payerne quelques semaines plus tard en explosant mes meilleurs chronos sur semi-marathon et dix kilomètres.

28 février 2017 – Volcano loop, Zatopia Island, dans ma cave ; J’ai vu les étoiles tellement je me suis explosé sur le hometrainer. C’est la première saison que je ne « coupe » pas le vélo et continue à faire des intensités sur Zwift. Jamais je n’arrive à me mettre des ces états sur une montée de col à l’extérieur et à chaque fois que je n’en peux plus lors des sorties estivales, je sais qu’il me reste encore de l’énergie quelque part ; c’est tout dans la tête.

24 mars 2017 – Benizalon, Andalousie ; Allez, croche ! Au rupteur depuis le début de la Koenigsetape, je parviens à terminer ce col proche de Daniel et Jean-Claude, loin devant les autres cyclistes. Je ne calcule plus, et ne suis plus bridé par le capteur de puissance. Et je fais voler en éclats des limites que je me mettais habituellement.

15 avril 2017 – Les Écorcheresses, Jura ; Des jambes de feu dans ce troisième cols de la journée et même des attaques pour tenter de décrocher les jumeaux. Je prends vraiment conscience à Porrentruy que cette année sera la bonne pour moi. Une attitude positive et porté vers l’avant. Même si ce n’est qu’une simple sortie d’entraînement, le déclic a eu lieu.

1er mai 2017 – Santa Pellaia, Catalogne ; Un rayon qui casse, puis deux. Une réparation de fortune avec un sparadrap que Gilbert décolle d’un doigt écorché et c’est reparti. Il y a toujours une solution. Un ironman c’est gérer l’imprévisible. On sera toujours tributaire des conditions météorologiques, du matériel et de douleurs improbables qui peuvent nous ralentir dans notre marche en avant.

14 mai 2017 – Orny ; Cadence de pédale. Puissance. Position. Cardio. Gestion de l’effort. Tous les voyants au vert sur ce contre-là-montre final du TDFO. Le parcours est roulant. Comme à Frankfurt. Je fais la différence alors que je développe moins de watts que Daniel. Le fait de l’avoir, ainsi que Jean-Claude, Matthieu et David pour créer une véritable émulation, m’a aidé à passer un cap à vélo dans cette préparation.

23 mai 2017 – Echandens, devant la maison ; Crac. J’ai bien senti le bas du dos se tordre en montant le porte-vélo. Lumbago. Repos. Doutes. Frustration. Essayer de voir du positif. Récupération. Envie de reprendre les entraînements.

4 juin 2017 – Thônes, France ; Un footing test de 20 min le jour d’avant après 2 semaines de repos complet et me voilà en position aéro à mi-course du Half Iron de Doussard. Il y a problème. Ça bouge de partout dans les descentes. Je ne contrôle plus rien. Mon cintre s’est complétement desserré. Ne pas paniquer. Ne pas faire de mouvement brusque et rejoindre tranquillement la zone de transition qui se trouve à 25 kilomètres de là. J’enchaîne avec ma meilleure course à pied et améliore ma marque sur Half Ironman, malgré les problèmes techniques et alors même que je ne pensais même pas être en mesure de prendre le départ.

18 juin 2017 – Plage de Préverenges ; Il reste deux cents mètres  et cette fois c’est la bonne ! Une minute plus tard c’est la frustration qui prédomine. Caramba, encore raté. Dépassé au même endroit que l’année passée, par la même personne. Deuxième c’est mieux que rien, même avec presque deux minutes d’avance à T2. Le positif c’est que même en période de grosse charge, avec du rythme iron, j’arrive à régater avec les meilleurs sur des distances Sprint.

25 juin 2017 – Paudex ; On est trop vite. Je suis facile. Gilbert à de la peine à ralentir l’allure. Deux heures trente à 4’45/km. Après les presque six heures sur les barres à un rythme infernal d’il y a deux jour. C’est la sortie référence dont j’avais besoin. Je suis prêt pour le marathon.

Dimanche 9 juillet 2017

03h48 – Hotel Ibis, Frankfurt ; L’adrénaline m’a sorti du lit deux minutes avant le réveil. J’ai bien dormi. Gatosport. Jus d’orange. Concentration.

06h25 – Strandbad, Langener Waldsee ; L’hymne allemand est prenant. Les pros partiront d’ici peu et ensuite ce sera à nous, les trois mille amateurs. David et Matthieu sont à mes côtés. On partira ensemble. J’ai une très grosse envie de bien faire.

06h52 – Passage de bouée, Langener Waldsee ; Difficile de se situer et de trouver son rythme. C’est très dense et ça nage vite ; normal on est à l’avant de la course. Je n’arrive pas à accrocher les bulles et je nage en tête d’un groupe, en faisant attention à ma technique et bien glisser, avec un bonnet rose que je ne quitterai pas jusqu’à la sortie de l’eau.

07h35 – Sortie de l’eau, Langener Waldsee ; La Garmin indique 54 min pour 3’850m. Boost d’adrénaline. Presque deux minutes de retranché sur mon meilleur temps natation.

Sortie de l’eau en 54 minutes

08h11 – Mainkai, Frankfurt ; le pilote automatique s’est directement calé sur 235 watts. La première demi-heure totalement plane se fait à 40km/h sans effort en prenant bien soin d’être le plus aérodynamique possible. Du porte-gourde aux surchaussures. Limite parano sur les « gains marginaux ».

08h40 – Section pavée, Maintal ; la gourde derrière la selle gicle sur les mauvais pavés. Rien de catastrophique, il va falloir rester vigilant et surveiller le niveau de celle entre les barres.

09h30 – Ravitaillement, Friedberg ; les kilomètres défilent à toute vitesse et sans efforts. La route est dégagée et je prends un plaisir fou !

Canyon Spedmax, un missile lancé à vive allure

09h49 – Penalty Box, km 85 ; Cinq longue minutes. « Too slow to overtake ». Ça tourne en boucle dans ma tête. J’essaye de mon décontracter les mollets et de m’alimenter. Chasser les pensées négatives. Un groupe de quatre triathlètes à devoir dépasser d’une traite en quatre fois vingt-cinq secondes. Ça ne sert à rien de discuter, la sanction ne va pas s’envoler. Un dépassement en faux plat descendant à près de 50km/h. Rester zen. C’est injuste. C’est le règlement. A ce moment de la course je suis deuxième dans ma catégorie d’âge. Les quatre triathlètes sont passés ensemble même pas une minute après mon arrêt. J’ai fait le forcing sur cinq kilomètres. Ca défile. Rester calme. Trouver du positif. Récupérer.

10h30 – The Beast, Hessen ; La deuxième boucle est entamée. Il reste moins de soixante kilomètres. Je suis facile. Je vais tenir ce rythme jusqu’à T2. Sur les bases de 4h38. Plus cinq minutes que mon compteur n’a pas prises en compte.

Longs faux plats, montants, descendants

10h50 – Section pavée, Maintal ; Di2 error. 10% battery charge. Un gros choc a déchargé ma batterie. Le gros plateau ne passe plus. Le sort s’acharne sur moi. Gérer l’imprévisible. J’ai rechargé la batterie il y a moins de dix jours. En croisant la chaîne je parviens quand même à emmener un gros braquet. Ça va aller.

11h35 – Friedberg, Km 145 ; les vitesses ne passent plus ! Je suis sur 39×17. Il reste une grosse trentaine de kilomètres essentiellement descendant. Je ne peux pas pédaler à plus de 36km/h. Des triathlètes me passent à près de 50km/h. Rester le plus aéro possible. En roue libre. Et dès que l’occasion le permet y aller à fond. Rester le plus aéro possible. Trouver du positif. Récupérer.

12h20 – Heart Break Hill, Bad Vilbel ; Les jambes brûlent. Ça n’en finit pas. Bien trop facile pour du plat. Beaucoup trop dur pour de la montée. La banderole Rushteam me met du baume au cœur. Un énorme merci aux supporters oranges ! Récupérer au sommet. Dix minutes de descente. Un mal pour un bien. Je suis déjà dans mon marathon. Je récupère en roue libre.

Aero

12h30 – T2, Mainkai, Frankfurt ; 4h45. Plus 5 min. Sans la pénalité, ce serais mon meilleur chrono sur ironman. Ça veut dire que je suis en grande forme. Il n’y a pas de raison que ça change sur le marathon. Je prends le temps pour me passer de la crème solaire et en route pour terminer en beauté.

12h50 – Parc Nizza, Frankfurt ; Agnieszka, Daniel et Raphaël m’encouragent. Motivation Boost. Les kilomètres défilent trop vite. Ralentis ! Je suis facile. Ralentis !

13h25 – Mainkai, Frankfurt ;  49’35 à la montre au passage des dix kilomètres. Ralentis ! 3h30 au marathon c’est cinq minutes plus rapide que le plan le plus optimiste, et cela sans prendre en compte cette chaleur accablante.

13h45 – Hôtel Ibis, Frankfurt ; Passage sous la banderole Rushteam. Vous êtes formidables. J’ai la banane. Je suis dans l’allure cible depuis quelques kilomètres. Il fait chaud. 31 degrés. A chaque ravitaillement, je m’éponge et je mets une poignée de glaçons sous la casquette et derrière la nuque

14h18 – Flösserbrücke, Frankfurt ; Il fait chaud. 53’15 pour la deuxième tranche de dix kilomètres. Le rythme s’est ralenti d’un coup. Bientôt le semi-marathon et le passage près de la ligne d’arrivée (1h48). Les jambes sont lourdes. Normal.

14h40 – Parc Nizza, Frankfurt ; Raphaël me tape dans la main. Daniel court à côté de moi pendant une minute ou deux. Deux kilomètres que je pioche et que j’attends de les voir. C’est maintenant que commence l’Ironman.

Emotions. Images. Films.

15h35 – Parc Nizza, Frankfurt ; Raphaël me tape dans la main. Daniel court à côté de moi pendant une minute ou deux. Douze kilomètres que je croche et dix kilomètres que j’attends de les voir. Ne pas lâcher. Je rattrape Cendrine et ça me fait du bien. Elle me fait prendre conscience qu’il ne me reste moins de neuf kilomètres. Peu par rapport au vingt qu’il lui reste. Elle me dit d’y aller. J’y vais. Euphorique.

Emotions. Images. Films.

16h10 – Flösserbrücke, Frankfurt ; Moins de 2 kilomètres. Tout donner. Ne rien regretter. Passer sous les 9h40. Ça brûle partout. Les mollets sont à la limite de la crampe. Le cœur s’emballe. Courir avec style.

16h19 – Finish Line, Mainkai, Frankfurt ; Le sprint est lancé. Les secondes s’égrainent. Elle est où cette arche d’arrivée ? Je vole. 9’39’54. Finisher pour la 13ème fois sur la distance. Heureux!

9 juillet 2017 – Buffet d’arrivée, Mainkai, Frankfurt ; Regroupement orange. Tout le monde a vécu son histoire différemment. Joies. Déceptions. Emotions

9 juillet 2017 – Hotel Ibis, Frankfurt ; Pas possible de trouver le sommeil. Je suis trop fatigué pour dormir. Ma course repasse en boucle. La pénalité. Le dérailleur bloqué sur près de quarante kilomètres. Injustice. Frustrations. Fierté. Emotions.

10 juillet 2017 – Eissporthalle, Hawaii Slots Awards, Frankfurt ; Daniel se qualifie pour Hawaï. Incroyable Sub-9, tout comme Jean-Claude pour lequel cela ne suffit juste pas. Judith n’ira pas à Hawaï non plus. Pas de roll down pour elle malgré avoir titillé les 10h. Dernier slot en 9h29 pour M35-39. 10 minutes. C’est peu. C’est beaucoup. C’est le temps que j’estime le temps perdu dû à la pénalité et au di2. Déception. Ce n’est que partie remise. Pour cela il faudra une course parfaite, où tout se passe comme prévu. Même l’imprévisible…